je me souviens
de sa jubilation à se creuser les méninges pour tous ces projets de campagne où nous jouions aux Don Quichotte de la com en y injectant plus de contenu qu’il n’y en avait dans le programme politique des ministres concernés ;
et de sa joie quand nous gagniions ou de ses sourires complices et entendus quand nous avions perdus ;
des débats enthousiastes, futiles ou sérieux, dont l’objet était plus de déployer un argumentaire improvisé dans l’urgence que de conclure, comme un stratégo oral ;
et de jouïr des pistes qui s’y s’ouvraient tout à coup, et dans lesquelles il s’engouffrait juste pour aller voir ;
de ses revues de presse matinales qui suivirent le 31 juillet 93, pendant lesquelles il décorticait pour la tablée la prose et la poésie des malheureux belges orphelins… et ça fleurait bon la belgitude malgré nos rires iconoclastes ;
de sa culpabilité feinte quand on parlait bagnole avec des accents de mauvais garçons, ou lorsqu’ en fin de soirée, la cave étant probablement épuisée, on balayait d’un regard les bouteilles alignées au bout de la table ;
ou quoi encore… de son déhanchement soudain, de ses yeux qui plissent avant une réplique bien sentie, de sa moue amusée, de ses expressions désuètes comme « ce type là ! »
…
oui « ce type là ! »
Théo Hachez. 1957 - 2008